Pourquoi fermer les yeux quand il faut les avoir ouverts ?

Coproducteur de Qui es-tu Bernadette ? à travers sa société, MVpro, et réalisateur, Philippe Cabidoche a choisi de tourner le film en haute définition. Un saut qualitatif inédit qui donne aux images un relief et une profondeur proches de la révélation, dans tous les sens du terme.

« Voyez ce petit bout de Soeur : elle rit. Une plus grande pleurnicherait », s’agace la mère assistante. Elle vient d’intimer à Soeur Marie-Bernard de remettre l’eau chaude là où elle l’a prise sans en demander la permission. Mais Bernadette, malgré toute sa bonne volonté, ne sait comment s’y prendre. Une autre fois, à une des Soeurs qui souhaite qu’elle touche son chapelet et qui prétend que celui-ci rouille, elle conseille, goguenarde, de le réciter plus souvent, il en sera d’autant plus brillant. Soeur Marie-Bernard, objet de toutes les attentions, ne manquait ni d’esprit, ni de charité. « Moi, supérieure ? plaisante-t-elle à un autre moment. Je n’aspire qu’à devenir supérieure de moi-même et je ne peux y parvenir. »

« Il faut être en accord spirituel avec ce qu’on filme »

Pourquoi ce choix de la haute définition ?

Par goût des belles images. J’ai débuté ma carrière du temps de la VHS et j’ai longtemps été frustré de ne pouvoir livrer des documents qui n’étaient que le pâle reflet de la réalité. Même si on n’est pas familier avec les nouveaux standards, on peut se rendre compte de la différence en regardant une des chaînes haute définition de la TNT. C’est saisissant ! J’ai donc décidé de m’équiper il y a un an, malgré la lourdeur de l’investissement. C’était à l’occasion de la venue à Lourdes de Benoît XVI. Ces images, comme beaucoup de celles que je tourne, font aujourd’hui partie des archives des Sanctuaires. Il est donc essentiel, dans la perspective de leur utilisation future, qu’elles soient de la meilleure qualité disponible à ce jour. Cela réclame de nouvelles exigences, on a moins le droit à l’erreur. Mais, cela demande aussi un état d’esprit bien particulier, une préparation spirituelle qui permet de saisir l’instant en témoignage, pour les années à venir, de ce qui se faisait.

La dimension technique n’est donc pas une fin en soi ?

Absolument pas ! La technique doit être au service de quelque chose. J’ai fait mon premier film dans les Sanctuaires il y a vingt ans, avec le pèlerinage Lourdes Cancer Espérance et j’ai depuis eu l’occasion d’en réaliser beaucoup d’autres, notamment en coproduction avec NDL Éditions, comme sur le voyage du pape ou le Jubilé. Avoir la foi, cela m’aide à mieux appréhender ce que je vois à Lourdes. La connaissance de la liturgie me permet déjà de savoir quoi filmer et à quel moment. Mais je suis surtout en accord spirituel, en communion, avec ce que je vois ou les personnes que j’interroge. Il en découle une réelle proximité, un échange qui fait oublier l’oeil froid de la caméra. La foi donne un regard plus humain qui déborde l e cadre du religieux. Sur 1858, Le film des Apparitions, nous avions beaucoup prié. Sur sa suite, j’ai imaginé chaque scène comme une homélie ou un outil catéchétique. Le chemin de sainteté de Bernadette éclaire notre vie d’aujourd’hui. »